Obéissance sur ordonnance

Dans le numéro 29 de La Revue dessinée (automne 2020), le dessinateur Singeon a adapté mon reportage sur la “pilule de l’obéissance”, paru dans Le Monde diplomatique en décembre 2019 (ici). Le résultat : 31 pages de bande-dessinée réalisées par l’excellent Singeon Waters pour lire, relire ou découvrir l’ampleur de la Ritaline en France et aux États-Unis. En voici quelques planches…

La Revue dessinée est à retrouver en librairie ou dans certains kiosques à journaux (essentiellement en gare).


Travail, famille, Wi-Fi


Les géants du numérique pouvaient difficilement imaginer qu’un test
grandeur nature de leur vision de la société serait un jour justifié par
un motif sanitaire. Or, pendant quelques semaines, producteurs et
consommateurs ont dû régler toutes leurs affaires par écran interposé. Y
compris quand il s’agissait d’école, de divertissement, de santé. Pour lire Travail, famille, Wi-Fi (reportage confiné paru dans Le Monde diplomatique de juin 2020), cliquez ici.


Enquête sur “la pilule de l’obéissance”

En France, la prescription de méthylphénidate a explosé : on en consomme trente fois plus aujourd’hui qu’en 1996, année de sa mise sur le marché. En 2017, il s’en est vendu 810 000 boîtes, quatre fois plus qu’en 2005. Le méthylphénidate ? Un dérivé d’amphétamines prescrit pour les fameux TDAH, les troubles de l’attention avec (ou sans) hyperactivité. Ritaline, Quazim, Medikinet, Vyvanse, Concerta, Focalin, Adderall, Adhansia… Il en existe plusieurs. Aux États-Unis, 20 millions de personnes, dont 4 millions d’enfants, en prennent tous les jours. Pour améliorer leurs performances au travail, aux jeux vidéo, à l’école, sur un terrain de guerre ou de baseball, dans un studio de musique, au volant, au bureau… La Ritaline est souvent qualifiée de “cocaïne des enfants” ou de “pilule de l’obéissance”. Enquête entre la France, où la prescription de cette pilule est en nette hausse ; et le Kentucky (États-Unis), où elle fait des ravages. La Ritaline est-elle le Médiator de demain ? Les psychostimulants (méthylphénidate, cocaïne, métamphétamines…) sont-ils le terreau de la prochaine grande crise sanitaire aux États-Unis, après celle des antidouleurs à base d’opioïdes (400 000 morts en 20 ans) ? Que se passera-t-il si 5 % des enfants dans le monde, comme le préconise le manuel des psychiatres (le DSM), grandissent sous amphétamines ? À lire dans Le Monde diplomatique de décembre 2019. Ou en cliquant ici.



Les millions d’oubliés du « tout numérique »

À lire dans Le Monde diplomatique d’août 2019, Peut-on encore vivre sans Internet, un reportage dans le Nord de la France sur les millions d’oubliés du numérique, ces quelque 23% de Français qui ne sont pas à l’aise avec Internet. Un terme assez peu subtil a fait son apparition pour désigner le fait de
ne pas être équipé d’appareils informatiques, de ne pas maîtriser leur fonctionnement ou de ne pas disposer d’une connexion : l’« illectronisme ». À l’heure de la dématérialisation à marche forcée, les procédures administratives mais aussi les actes les plus ordinaires en société (réserver un train, faire ses courses, prendre le métro, payer sa facture, s’inscrire à une compétition sportive, emprunter un tronçon d’autoroute…) passent désormais obligatoirement par la possession d’un ordinateur ou d’un smartphone (74% de la population). Une société sans contact se profile, avec des millions de citoyens confrontés de force à des écrans. Reportage réalisé au printemps 2019 entre Hondschoote, Grande-Synthe, Dunkerque et Lille. À lire en cliquant ici.


Rigolez, vous êtes exploité


À lire dans Le Monde diplomatique de juillet 2019, Rigolez vous êtes
exploité, un article sur l’avancée du management-danse-des-canards en
France, notamment à l’hôpital-usine de Toulouse, où la direction propose
des ateliers de rigologie (attention, marque déposée) à ses soignantes
dans un service en restructuration. Hashtags “gagnant-gagnant”,
“bêta-endorphines”, “arrêts-maladie”, “lâcher-prise”, “salsifis” et
“préavis de grève”…


À lire en cliquant ici.


Free hugs et cause toujours à l’hôpital


À lire sur le site de Bastamag, « Looser », « opposant »,
« timide » : au CHU de Toulouse, un document suggère de cataloguer des
soignants (26 juin 2019).


Seriez vous un « looser », fragilisé par des situations difficiles de travail ? 

Ou un « opposant » qui conteste trop souvent la direction ? Ou encore un « pessimiste » ?
C’est en ces termes qu’une docteure influente a proposé de cataloguer
les personnels soignants du centre hospitalier universitaire (CHU) de
Toulouse qui participent à certaines réunions de crise, suite au décès
d’un patient notamment. Une manière de « neutraliser » les avis
divergents, et un exemple supplémentaire de la façon dont la parole des
soignants est considérée par la hiérarchie, alors que les mouvements
sociaux se multiplient au sein des hôpitaux publics.


Lire la suite de « Looser », « opposant », « timide » : au CHU de Toulouse, un document suggère de cataloguer des soignants sur le site de Bastamag.




Gilets jaunes, acte 4, avant la nuit, Paris.


Samedi 8 décembre, acte 4 des Gilets jaunes. il est question de prendre l’Élysée, carrément. C’est aujourd’hui la révolution. La semaine dernière, l’Arc de Triomphe a même été tagué. Toute la semaine, les éditorialistes ont préparé l’opinion à une guerre à feu et à sang. Il y aura des morts, en boucle. Le pouvoir a lâché des miettes pour ne rien concéder sur l’essentiel. Et la veille, la France entière a vu la même image : celle de mômes de 15 ans parqués en ligne les mains sur la tête, humiliés par la police.

Dès 9 heures du matin, France Info annonçait plus de 200 manifestants gardés à vue à Paris (700 en France), 500 à 17 heures. Au final, la police fera plus de 1000 arrestations rien qu’à Paris (près de 1800 en France). Au rendez-vous des rejoignistes du cortège interluttes, fixé à 10 heures à Saint-Lazare, le comité Justice pour Adama Traoré, des cheminots, des syndicalistes, le NPA, le collectif féministe révolutionnaire, le Claq, les postiers, des membres d’Attac, le collectif Rosa Parks (etcetera, etcetera) ; des centaines, peut-être des milliers de gens, qui ont tenté en vain de rejoindre les Champs-Élysées. Nassés entre la gare Saint-Lazare, l’opéra et les grands boulevards, la cortège a été forcé à l’éparpillement par les camions à eau et les pluies de lacrymogènes. Les manifestants tentèrent de s’approcher de l’Hôtel de ville, puis l’essentiel des troupes arriva à Bastille, suivant la fanfare des féministes, puis à République, loin des Champs-Elysées, loin des autres grappes gigantesques de gilets jaunes.

Dans les rangs des manifestants, on pouvait entendre des slogans divers : « Tous à genoux comme les lycéens », « on est français ou quoi? », «  la manifestation est un droit constitutionnel », « Édouard Philippe c’est dégueulasse », « la police c’est dégueulasse », « Rothschild démission », « Paris, debout soulève-toi! », « police partout justice nulle part », « de l’air, ouvrez les frontières », « tout le monde déteste la police », « Macron démission » ; et des réflexions (« Tu crois qu’avec le temps, tu es mithridatisé des gaz lacrymogènes, mais non, en fait. On ne s’y fait jamais. », « Y’a une chose qu’on réalise c’est que les manifs Répu-Bastille, c’est fini. On pourra difficilement revenir sur des parcours balisés. C’est les lieux de pouvoir qu’il faut viser. »)

Images Hipstamatic, Paris, 8 décembre 2018

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